[on]
Éric Brochard, Jean-Luc Guionnet, Edward Perraud
in situ
2007
Eric Brochard (contrebasse), Jean-Luc Guionnet (sax alto), Edward Perraud (batterie, percussion)
Enregistré et mixé par Pierre-Henri Thiebaut le 28 avril 2002, au Carré Bleu à Poitiers.
Vous ne pouvez définir aucune scène. Un Poète descripteur y serait perdu. Racontez donc cette histoire : gestes géomantiques, arpentage de champs divinatoires, toute une herborescence dont le style échappe sèchement à la sentimentalité. On jalonne des aires que seule régit la trame, (cette trame impitoyable par-dessous, qui est la résistance, la raison d’être de cette musique). C’est pourquoi je vous prie d’approcher et de toucher. Une musique n’est point nouée pour être ouïe seulement, mais pressée, foulée, pénétrée jusqu’à la trame. Plus encore : Quand vous vous sentirez contus des mondes, venez alors vous coucher comme en un deuil sur cette musique déployée à même la terre. Venez étouffer dans ses toisons les battements trop durs du cœur qui est le vôtre, et les reflets trop aigres d’autres yeux. Étendez-vous, de toute la longueur humaine, et n’oubliant rien des portées, vautrez-vous sans penser à rien qu’au repos amorti dans ses sons. Hervé Péjaudier.
Jean-Luc Guionnet et Edward Perraud ne sont pas des étrangers et collaborent à différents groupes aux identités bien définies (Hubbub, Return of the New Thing, The Fish et même leur propre duo Calx). Résolument engagé sur la voie de l’improvisation libre, Eric Brochard travaille aujourd’hui avec l’Arfi lyonnaise, c’est aussi le partenaire de Hasse Poulsen, Guillaume Roy, Ramon Lopez, etc. La musique de ce trio ne s’apparente pas à un power trio free, ni à une recherche sur le développement d’un "timbre de groupe" (comme Hubbub). Ici, il est largement question d’espace et d’un certain culte de la lenteur et du détail où n’est pas absente une manière de pulsation primale et de transe ténébreuse. Sombre, noueuse, opiniâtre, faussement immobile, pas tapageuse mais terriblement obsédante, la contrebasse de Brochard est en quelque sorte l’élément central du trio autour de quoi s’articulent au pas à pas et en totale communion tous les déchirements et les résonances complices, toutes les énergies. Et c’est le privilège de l’improvisation libre de savoir créer des univers ainsi traversés par la grâce et le mystère avec, pour l’auditeur, l’impression troublante d’être constamment au bord d’un trou noir.
Gérard Rouy.