Le maigre feu de la nonne en hiver
LEMOINE / LÉTÉ / GROLEAU
Chief Inspector
2006
Philippe Lemoine (saxophone alto), Olivier Lété (guitare basse),
Eric Groleau (batterie)
Ce nom est une blague un peu bête sur les contraires : Groleau = maigre feu, Lemoine = la nonne, Lété = l’hiver.
Additionnez : le compte est bon. Sauf que le tout excède la somme de ses parties. C’est comme les expériences littéraires de l’OULIPO : à force de se fixer des règles arbitraires, tout aussi bébêtes (j’écris un livre sans la lettre « e »), on finit parfois par raconter l’essentiel. Autrement dit : ces trois-là ont trouvé, en inversant leurs noms mis bout à bout, la formule exacte de leur musique. Reprenons à rebours.
Même violente, même joyeuse, cette
musique nous arrive assourdie et constante comme une usine sous la neige (l’hiver). Le batteur est musclé, le bassiste poilu, le saxophoniste droit comme un torero à l’estocade : ce qu’ils jouent est pourtant féminin, et chaste (la nonne). Il y a du free qui brûle, des ballades qui réchauffent, de l’écriture au fer rouge : tout cela, ils le savent, n’est qu’un bien
« maigre feu », mais un feu précieux pour nous tous, dans l’hiver de l’époque (elle résonne autour d’eux). On voit des
paysages : les Flandres en peinture, le métro aérien à New York (la caméra
suivrait la rame), la steppe d’un trente-deux décembre. C’est aujourd’hui. C’est glacial. Ils font un peu de feu pour tenir, fanfare de manifestants autour d’une palette en flammes, sur un boulevard
bloqué qu’ils enchantent. La circulation
reprendra sans doute et il n’y aura plus rien à voir. Dépêchez-vous d’écouter : c’est fragile.
Eric Groleau (batterie)
Ce nom est une blague un peu bête sur les contraires : Groleau = maigre feu, Lemoine = la nonne, Lété = l’hiver.
Additionnez : le compte est bon. Sauf que le tout excède la somme de ses parties. C’est comme les expériences littéraires de l’OULIPO : à force de se fixer des règles arbitraires, tout aussi bébêtes (j’écris un livre sans la lettre « e »), on finit parfois par raconter l’essentiel. Autrement dit : ces trois-là ont trouvé, en inversant leurs noms mis bout à bout, la formule exacte de leur musique. Reprenons à rebours.
Même violente, même joyeuse, cette
musique nous arrive assourdie et constante comme une usine sous la neige (l’hiver). Le batteur est musclé, le bassiste poilu, le saxophoniste droit comme un torero à l’estocade : ce qu’ils jouent est pourtant féminin, et chaste (la nonne). Il y a du free qui brûle, des ballades qui réchauffent, de l’écriture au fer rouge : tout cela, ils le savent, n’est qu’un bien
« maigre feu », mais un feu précieux pour nous tous, dans l’hiver de l’époque (elle résonne autour d’eux). On voit des
paysages : les Flandres en peinture, le métro aérien à New York (la caméra
suivrait la rame), la steppe d’un trente-deux décembre. C’est aujourd’hui. C’est glacial. Ils font un peu de feu pour tenir, fanfare de manifestants autour d’une palette en flammes, sur un boulevard
bloqué qu’ils enchantent. La circulation
reprendra sans doute et il n’y aura plus rien à voir. Dépêchez-vous d’écouter : c’est fragile.