jaquette de disque
 
Hopper / Dean / Goubert / Domancich
 
Soft Bounds
 

(1)haut parleur

2004

ELTON DEAN saxello, sax alto
SOPHIA DOMANCICH piano, Fender Rhodes
SIMON GOUBERT basse
HUGH HOPPER batterie

La très belle rencontre entre les ex-Soft Machine, Elton Dean et Hugh Hopper, et deux des plus remarquables musiciens de jazz français, fut l'un des grands moments de la deuxième édition des Tritonales. Un CD témoignant de ce concert vient de paraître sur le label du Triton. Pour célébrer sa sortie comme il se doit, les quatre musiciens se lancent dans une tournée française dont ce nouveau passage au Triton devrait être l'un des temps forts. Au programme, des grands classiques de la 'machine molle', mais aussi et surtout des compositions nouvelles qui perpétuent cet art unique du 'jazz progressif'...


Soft comment ? Peu importe, en réalité. La référence au passé commun d'Elton Dean et Hugh Hopper dans Soft Machine semble inévitable chaque fois qu'ils se trouvent réunis au sein d'une même formation. De là à en déduire que leurs complices ne seraient que de simples faire-valoir, il y a un pas qu'il serait particulièrement fâcheux, dans le cas de Sophia Domancich et Simon Goubert, de franchir. Sur la scène jazz française, ils ne sont pas moins incontournables, et il est inutile de préciser qu'ils font ici jeu égal avec leurs collègues britanniques, au point qu'il convient de parler de rencontre au sommet.
Les chemins de Sophia Domancich, Elton Dean et Hugh Hopper s'étaient déjà croisés il y a une vingtaine d'années lorsque tous trois faisaient partie de la formation du batteur Pip Pyle, Equip'Out. Forgée au long de nombreuses tournées à travers l'hexagone, leur complicité ne s'est jamais démentie, en particulier dans le cas de Sophia et Elton dont la collaboration s'est poursuivie ensuite au sein du quintette du saxophoniste (l'album Silent Knowledge en 1996, où l'on trouvait une première version de "Gimlet Abides"), et plus récemment dans le cadre d'un duo improvisé (Avant).
Toutefois, il est important de préciser qu'aucune de ces précédentes rencontres n'avait emprunté au catalogue de Soft Machine, même si Sophia avait écouté et apprécié les albums du groupe à l'époque : Elton et Hugh avaient chacun suivi, depuis leur départ de la machine molle, une voie plus personnelle. Il aura fallu attendre un autre projet franco-anglais, PolySoft, pour les voir se confronter à nouveau, avec le succès (artistique et public) que l'on sait, à cette musique. L'intégration de certains de ces morceaux au répertoire de Soft Bounds ("Kings And Queens", mais aussi l'épique "Slightly All The Time", autrement dit la deuxième face de Third) allait dès lors de soi.
S'il a multiplié au cours des dernières années les collaborations avec Sophia, Simon Goubert n'avait, pour sa part, jamais joué avec les deux Anglais auparavant. Il n'en connaissait pas moins la musique de Soft Machine, confiant au risque d'en étonner plus d'un que c'est Christian Vander en personne qui l'avait incité jadis à jeter une oreille sur ce qu'il considérait comme l'une des rares fusions convaincantes et authentiques de rythmes rock et d'improvisations jazz. "J'apprécie la façon qu'ont Elton et Hugh d'aborder la musique, qui est tout sauf statique", confie-t-il a posteriori. "Il est rare de trouver dans cette scène musicale des gens qui, tout en aimant jouer des morceaux très structurés, soient aussi capables de partir tout à coup dans quelque-chose de complètement improvisé. Avec comme langage commun, une vraie connaissance du jazz et de l'histoire de cette musique".
Les compositions de Simon et Sophia interprétées ici avaient été conçues au départ pour d'autres formations : "Le Retour D'Emmanuel Philibert" pour un quatuor mené par Riccardo Del Fra (l'album Insieme en 1997), et "La Part Des Anges" pour le trio "anglais" de Sophia avec Paul Rogers et Tony Levin (et enregistré sur l'album du même titre). La manière dont le quatuor se les est appropriées témoigne de la remarquable osmose naturelle entre les quatre musiciens. L'utilisation du piano électrique sur une partie du "Retour...", alliée au timbre tout aussi particulier du saxello d'Elton, aux lignes de basse inimitables de Hugh et à l'énergie rythmique décoiffante déployée par Simon, renvoie même - d'une façon plus oblique et inattendue - à l'univers sonore de Soft Machine.
Sans doute peut-on voir là le sens à donner au jeu de mots dont le quatuor s'est baptisé - un partenariat souple et ouvert ("soft bonds") qui, au fil de ses conversations, finit tôt ou tard par redécouvrir, le plus innocemment du monde, un langage enfoui au plus profond de son histoire musicale ("Soft-bound")... A moins, bien sûr, d'opter pour une acception plus littérale : comme l'a découvert Elton après coup, James Joyce décrit dans son Ulysse un chat montant sur un lit "par bonds moelleux" ("in soft bounds"). A chacun de s'imaginer le corollaire musical d'un tel mode de locomotion...

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Elton Dean, Sophia Domancich, Simon Goubert, Hugh Hopper


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